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Appel à la non-violence : Quelques méthodes non-violentes de résolution des conflits. Par Sylvie Jacqueline NDONGMO, Fondatrice de WILPF Cameroon.

OUI au dialogue et au débat contradictoire et NON aux réponses militaires aux préoccupations des populations.
”Les méthodes d’action non-violente ont un pouvoir pédagogique et éducatif beaucoup plus fort à l’égard du public qui regarde et écoute que les méthodes d’action violente” Jean-Marie MULLER.
La protestation et la persuasion non violentes font partie des méthodes d’action non violente utilisées contre une injustice ou une situation. Elles sont surtout symboliques et peuvent être utilisées dans le cadre d’une campagne d’information massive. L’utilisation de ces méthodes indique que les résistants sont pour ou contre quelque chose. Dans une stratégie non violente, le discours et l’action se renforcent mutuellement, l’action soulignant la signification du discours et vice versa. Au plus fort de la lutte, on peut dire que la parole devient action et que l’action devient parole.
Ainsi, les méthodes d’action non-violente ont un pouvoir pédagogique et éducatif beaucoup plus fort à l’égard du public qui regarde et écoute que les méthodes d’action violente. Alors qu’une manifestation violente risque de n’être qu’un monologue bruyant et confus devant un public qui reste étranger à l’action qui se déroule devant lui mais sans lui, une manifestation non-violente peut devenir un véritable dialogue avec le public qui participe déjà à l’action.
Jean-Marie MULLER indique clairement que la prise de parole est la première étape d’une action non-violente. “La résignation est essentiellement faite de silence et la première complicité avec l’injustice est de se taire face à elle. Par conséquent, la première action de non-coopération avec une injustice est de rompre avec la majorité silencieuse en prenant la parole sur la place publique. Prendre la parole est déjà une prise de pouvoir. Elle brise le monopole de la parole que les puissants ont tendance à acquérir. Car la force des pouvoirs publics réside dans le silence de la majorité.
Ainsi, poursuit-il, la stratégie de l’action non-violente s’efforce de mettre en œuvre la force subversive de la parole. Elle vise à créer un débat public contradictoire qui expose les sophismes et les mensonges des discours utilisés pour justifier le désordre établi.
WILPF en tant qu’organisation qui promeut la paix en interrogeant les causes profondes des conflits, croit que le débat contradictoire SEUL et un dialogue franc et inclusif peuvent construire une paix durable au Cameroun à ce moment difficile de notre histoire.

Voici quelques méthodes de protestation et de persuasion non violentes
– Déclarations formelles : Discours publics, lettres d’opposition ou de soutien, déclarations d’organisations et d’institutions, déclarations publiques signées, déclarations d’accusation et d’intention, pétitions de groupe ou de masse.
– Communications avec un public plus large : Slogans, caricatures et symboles (écrits, peints, imprimés, répétés, mimés, gestuels), Bannières, affiches, inscriptions, Dépliants, brochures et livres, Journaux et magazines, Enregistrements, radio et télévision, Messages écrits dans l’air ou sur le sol.
– Représentations de groupes : Délégations, groupes de pression, etc.
– Actes publics symboliques : Déploiement de drapeaux et de couleurs symboliques, Port de symboles (pins, insignes militants), Prière et culte, Remise d’objets symboliques, Dépouillement de vêtements de protestation, Destruction de biens propres (maisons, documents, papiers d’identité…), Feux symboliques (torches, lanternes, bougies). Expositions de portraits, peinture de protestation, nouveaux signes et/ou noms symboliques dans les rues, bruits symboliques (“airs symboliques” utilisant sifflets, cloches, sirènes, vaisselle…), réappropriations symboliques (saisie de terrains ou de bâtiments), gestes grossiers.
– La pression sur les individus : Faire pression sur les fonctionnaires (les suivre partout, leur rappeler quelque chose ou rester silencieux et respectueux), Fraterniser (soumettre les gens à une influence directe intense pour les convaincre que le régime qu’ils servent est injuste), Organiser des veillées.
– Divertissement et musique : Sketches et farces satiriques, représentations théâtrales et concerts, chants.
– Processions : Parades, processions religieuses, pèlerinages, défilés de véhicules.
– Hommages aux morts : Deuil politique, funérailles simulées, funérailles de protestation, hommages sur les lieux de sépulture.
– Assemblées publiques : Assemblées de protestation ou de soutien, rassemblements de protestation, conférences publiques avec plusieurs intervenants spécialisés.
– Retraits et renonciations : Abandon de poste, Silence, Refus de récompense, Tourner le dos.

Toutes ces actions symboliques font partie, on l’a compris, de la panoplie d’expression des opinions publiques, panoplie qui, à force d’expérience, est souvent utilisée sans violence et qui est elle-même l’objet de luttes pour sa libre expression. Lorsque ces actions symboliques sont utilisées pour la première fois ou qu’elles bravent des interdictions officielles spécifiques ou générales (dans le cas de l’état d’urgence ou de l’état de siège, par exemple), elles ont plus d’impact que lorsqu’elles sont en fait des expressions tellement banales qu’elles doivent être mises en musique dans une solide campagne d’information pour être efficaces.

Une manifestation publique organisée dans la rue est précisément une expression collective de citoyens qui entendent exercer leur droit à la parole. Concrètement, cette expression publique peut se traduire par des tracts, des affiches – ” faire parler les murs ” – des banderoles, des pancartes et des slogans. Pour l’efficacité même de la manifestation, il est essentiel que la parole qui l’accompagne reste non-violente. Le but d’une manifestation est de convaincre ceux qui ne manifestent pas du bien-fondé de la dénonciation et de la demande qu’elle cherche à exprimer. L’opinion publique est beaucoup plus réceptive à une manifestation qui s’exprime par un discours non-violent plutôt que par des cris violents. Le langage de la révolte se délecte d’insultes et d’injures contre l’adversaire, mais le cri n’est qu’une parole inarticulée et donc incompréhensible. C’est une erreur de penser qu’une parole est d’autant plus forte qu’elle est violente, l’une commence là où l’autre cesse. Un mot qui devient violent commence à se renier en tant que mot. La force de frappe d’un mot vient de sa justesse, non de sa violence. C’est pourquoi l’une des exigences fondamentales de la non-violence est la pacification de la parole.
Les pouvoirs qui soutiennent l’injustice savent très bien qu’il s’agit avant tout de rendre la parole inaudible, et de focaliser l’attention sur la violence. La violence est spectaculaire et elle tend à rendre les citoyens spectateurs, au détriment de leurs possibilités d’acteurs.

D’après les écrits de Jean-Marie MULLER, Lexique de la non-violence, ANV/IRNC, 2e trimestre 1988. Gene SHARP, La lutte non-violente, Ecosociety, 2015.

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